La scène se passe sur une plage de Tunisie, à l'est de Tunis. Nous avons rejoint ce bivouac de luxe après environ 2 heures de route et de chemin à bord du nouveau Touareg (billet à venir). Sur le sable, deux RaceTouareg (modèles 2004 et 2005) attendent les co-pilotes improvisés que nous sommes. Aux commandes, Yvan Muller et un pilote allemand dont le nom m'échappe. La veille au soir, j'ai pu échanger quelques mots avec Michel Perin, co-pilote de Carlos Sainz sur le Dakar 2007 et déjà vainqueur de trois éditions, sauf erreur de ma part. Ce petit bonhomme souriant nous raconte la fatigue qu'engendre ce genre d'épreuve, mais sur le coup, je suis loin de me douter de la réalité de cette position — passager donc — lors d'une étape de plusieurs centaines de kilomètres, et encore moins lorsque cela se répète durant 15 jours.
Avant d'enfiler le casque, l'équipe technique me demande de retirer ma veste et de passer une cagoule. Puis vient le grand moment. Pour s'installer à bord de ce proto, il faut enjamber un seuil de porte placé très haut, ce qui exige d'avoir encore un minimum de souplesse. L'habitacle est très étriqué et gavé de boutons et instruments de bords, si bien qu'il n'y a guère de place pour s'étaler. De toute façon,ce n'est pas le but. Un technicien me passe le harnais et branche le système de communication qui permet de converser avec le pilote. Il faut dire que le bruit du moteur donne l'impression d'avoir l'oreille collée à la culasse de ce TDI de 2,5 L. qui développe autour de 280 chevaux. Ça semble peu pour une voiture de course, mais ce n'est qu'une apparence. Quant à la température intérieure, j'ai du mal à imaginer ce qu'elle peut être sur une étape de désert car aucune ventilation digne de ce nom n'est là pour raffraichir l'habitacle. On me dit qu'elle peut grimper au delà de 60 degrés, ce que je crois sur parole.
Je suis tout d'abord très surpris par la position du siège, très basse. Après le run, j'en demande la raison à Michel Perin. Elle est en fait évidente : pour pouvoir faire passer facilement nos différents gabarits de journalistes à bord, le baquet a été posé au plus bas. Les petits ne doivent vraiment pas voir grand chose de la piste ! En revanche, Michel me dit qu'en course lui et Carlos Sainz sont très hauts presque à toucher l'arceau avec le casque. Allez, en piste !
Les premières secondes ressemblent à un film au ralenti. Le RaceTouareg prend "tranquillement" sa motricité. Et puis tout s'accélère très vite. Le pilote enchaîne les rapports de la boîte séquentielle et l'engin semble survoler le sable tant il roule vite. Arrivent les premières bosses. Et là, ça secoue vraiment. Je me crispe et me raidis sur le cale-pieds afin d'assurer le plus de maintien possible. On file vers des dunes et quelques passages très accidentés, mais si vite qu'on a peine à croire que c'est possible. La motricité est phénoménale. Avec une garde au sol très élevée, on en est presque à faire exactement l'inverse de ce que l'on apprend à faire en franchissement 4x4. Le RaceTouareg attaque les obstacle de front et en ressort de face, le tout quasiment sans donner l'impression de ralentir. On pourra toujours dire après que les allemandes sont tape-cul et dures en suspension, ce n'est rien à côté des allemandes... de compétition !
C'est à la lumière de ces quelques minutes, achevées avec un splendide dérapage et une gerbe de sable, que je prends vraiment conscience de ce que vit le copilote qui, en plus de sûbir la piste et le pilotage doit lire ses notes, transmettre les indications au pilote et assurer si besoin est la navigation, tout ça pendant des centaines de kilomètres et sur plusieurs jours, jusqu'à quinze pour un Dakar complet.
Qu'on aime ou pas le rallye-raid, c'est vraiment une expérience extraordinaire !